La vérité et la réconciliation: recommandations au gouvernement du Canada

La vérité et la réconciliation en Indonésie, Timor-Leste, et Mélanésie

Des recommandations au ministre des Affaires étrangères, le très honorable Stéphane Dion et le ministre du Développement international, l’honorable Marie-Claude Bibeau

Chers M Dion et Mme Bibeau,

En accord avec le préavis du Premier Ministre Trudeau à la communauté internationale que le Canada est de retour et prêt  à prendre part, cette lettre adresse des recommandations concrètes pour le soutien du Canada au travail vital de la vérité et de la réconciliation dans certaines régions d’Asie du Sud-Est et dans le Sud-Ouest du Pacifique. Ces questions concernent également les affaires étrangères et le développement international.

En raison des conflits et des crimes contre l’humanité, un outil qui est devenu de plus en plus courant est la commission de vérité et de réconciliation. Un outil développé pour soutenir des pays en développement émergeant de qui émerge de  conflits, elle a aussi  été appliquée au Canada, donc la Commission de vérité et réconciliation a examiné l’héritage des pensionnats indiens sur les populations autochtones.

La vérité ignore les frontières – et de plus en plus, les commissions de vérité les ignorent aussi. Plusieurs d’entre eux sont des comités mixtes internationaux et nationaux. D’autres sont financés et se servent des savoirs de l’étranger. Beaucoup des commissions adressent des conflits qui traversent les frontières.

Étant un pays nordique en conflit avec au prise avec ses héritages de violence et essayant de mettre en place les 94 appels à l’action délivrée par la Commission de vérité et réconciliation Canada et comme participant et donateur des commissions de vérité du tiers-monde, le Canada est bien placé pour étudier les questions transnationales des commissions de vérité et réconciliation et des souvenirs de violence, traumatisme et les crimes contre l’humanité.

« La mémoire, la vérité et la réconciliation dans l’Asie du Sud-Est » est un atelier qui compare l’expérience de vérité et de réconciliation en Indonésie, Timor-Leste et Mélanésie tenu le 15 octobre 2015 à l’Université d’Ottawa. L’atelier s’est penché sur les expériences des commissions de vérité en Timor-Leste et les Îles Salomon, en plus d’appels à la vérité et la justice historique en Indonésie, surtout dans le territoire de Papouasie. L’atelier a rassemblé des académiciens et activistes du Canada, de l’Indonésie, du Timor-Leste et des Îles Salomon, ainsi que des États-Unis et de l’Australie, pour examiner les processus et projets de vérité et de réconciliation dans les régions de l’Indonésie et la Mélanésie en Asie du Sud-Est et le Sud-Ouest du Pacifique. Cette recherche a été favorisée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Cette lettre rassemble les recommandations élaborées à l’atelier et dans les conversations ultérieures entre les participants et est rédigée par l’organisateur de l’atelier et l’équipe de l’Université Bishops.

Considérations générales

Le Canada a une histoire d’engagement dans les débats globaux et dans les actions globales pour les droits de la personne. En même temps, le Canada a aussi une histoire colonialiste qui doit être reconnue. L’ancien gouvernement du Canada souvent tenait une position de principe et méritoire sur la promotion des droits de la personne, mais parfois avait une tendance à faire la leçon aux autres pays et d’isoler le Canada des autres voix pour les droits de la personne dans la communauté internationale.

« Beaucoup d’entre vous êtes inquiets que le Canada a perdu sa voix bienveillante et constructive dans le monde au cours des dix dernières années » a dit le Premier Ministre Trudeau après l’élection récente. « Par contre, j’ai un message simple pour vous : Au nom de 35 millions de Canadiens, nous sommes de retour. » Ce message est un signe très encourageant de l’intention du gouvernement de résumer le rôle du Canada dans l’engagement international.

Également bien reçu est l’engagement du Premier Ministre a promis à mettre en place les 94 appels à l’action délivrée par la Commission de la vérité et réconciliation Canada plus tôt en 2015. Cette promesse est une indication encourageante que le gouvernement veut apprendre et non faire la leçon et sera plus ouvert vers les aspirations, les perspectives et les visions du monde autochtone.

Ensemble ces signes peuvent réunir les approches de vérité et de réconciliation au Canada et dépassent les frontières de ce pays – surtout dans le contexte de l’engagement du gouvernement à transiger avec les peuples autochtones sur la base de de nation à nation. La vérité traverse les frontières. La réconciliation traverse les frontières. La mémoire traverse les frontières. La politique canadienne peut aussi traverser les frontières.

La mémoire, la vérité, et la réconciliation en Timor-Leste

Timor-Leste (Timor oriental) a été occupé par l’armée Indonésienne pendant 24 ans (1975-99) avant d’atteindre son indépendance. Après l’indépendance, une commission de vérité et de réconciliation fut créée avec deux objectifs : De réconcilier les deux parties d’un conflit de très longue durée et de réconcilier le nouveau pays avec son passé tumultueux, en élaborant un récit pour partager la vérité de ce qui s’est passé entre 1975 et 1999 par le témoignage timorais, et non par la recherche de l’extérieur, pour la première fois.  La Commission d’accueil, vérité et réconciliation (CAVR) a délivré son rapport de cinq volumes, intitulé Chega! (C’est assez!) en 2005. La traduction anglaise de ce rapport a été publiée en 2015.Une copie a été présentée au département des Affaires mondiales  le 16 octobre 2015.

Chega! fournit un compte-rendu détaillé de la violence et les des violations des droits de la personne au cours de toute la période de l’occupation militaire indonésienne. Le rapport aspire d’être un exemple aux autres pays aux prises avec des conflits semblables. Il est vu comme une des cinq plus fortes commissions de vérité au monde. Toutefois, c’est plus que simplement raconter une vraie historie. C’est d’abord un document des droits de la personne, préoccupé de délivrer des recommandations sur la question de comment réconcilier la société timoraise et comment réconcilier les victimes timoraises avec le régime indonésien qui a infligé tant de violence sur leur pays. Le rapport indique aussi que des acteurs clés dans la communauté internationale étaient complices avec l’occupation et les violations des droits de la personne subséquentes et fait des recommandations pour la communauté internationale.

Les découvertes du rapport Chega! étaient affirmés par une commission de vérité mixte indonésienne-timoraise, la première collaboration binationale au monde. La Commission de vérité et de réconciliation a présenté son rapport en 2008 au président de l’Indonésie de cette époque, Susilo Bambang Yudhoyono.

La vérité et la réconciliation comprend plus que la rédaction d’un rapport. Elles ne se terminent pas quand les rapports sont mis sur les bureaux des officiels gouvernementaux. Le Timor-Leste et l’Indonésie sont tous les deux dans une phase de post-commission de vérité. En Timor-Leste, celle-ci est menée par le secrétariat technique post-CAVR qui a émis des documents de suivi comme le guide sommaire pour Chega! et une version bande-dessinée du rapport qui peut être utilisée dans les écoles et les contextes avec de l’alphabétisation limitée. C’était aussi mené par la société civile des deux pays. Des groupes incluant y compris ACBIT (Chega! pour Nous) en Timor-Leste et AJAR (Justice et droits en Asie) en Indonésie continuent les efforts pour « socialiser » (sosialisasi en indonésien; socializasaun en tétun, que signifie de disséminer et mieux faire comprendre) le rapport et ses recommandations. Dix ans après le rapport Chega!, il y a encore un besoin croissant pour la « socialisation » du rapport. Ceci est particulièrement vrai pour des pays comme le Canada, qui ont contribué à financer le rapport Chega! et one joué un rôle dans les évènements qi ce dernier décrit.

Le gouvernement du Canada connaissait les intentions de l’armée indonésienne d’envahir le Timor-Leste en 1975, mais n’a rien fait pour prévenir l’invasion. Le gouvernement savait que des atrocités se produisaient pendant l’occupation, comme l’utilisation du napalm, mais il a masqué cette information. A partir de 1991, cependant, le Canada avait gelé une partie de son aide vers l’Indonésie après le massacre de Santa Cruz en Timor-Leste. Le Canada a accueilli trois étudiants réfugiés timorais. Sous le gouvernement Chrétien, le Canada a joué un rôle constructif pour promouvoir le dialogue et les droits de la personne. En décembre 1998, le gouvernement du Canada a satisfait une demande de longue date du mouvement de la résistance timoraise en appuyant l’autodétermination pour le Timor-Leste. Puis, le Canada était un acteur clé sur le Conseil de sécurité des Nations Unies, au sommet de l’APEC, dans le Groupe des sept et ailleurs en 1999, quand les timorais ont voté pour l’indépendance et une force de maintien de la paix placée sous l’égide des Nations unies a intervenu pour mettre fin aux efforts des milices pro-indonésien de dérailler l’indépendance. Le Canada était un partenaire dans le développement timorais postindépendance dans des domaines tels que la formation de la police et les ONG canadiennes étaient importantes dans des domaines tels que la sécurité alimentaire et les droits de la personne après l’indépendance.

Il y a un intérêt de longue date par le gouvernement canadien, ainsi que les églises et la société civile (y compris le travail de l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix, de KAIROS – Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice, d’USC Canada et de bien d’autres). Les contributions de la société civile canadienne pendant la période de l’occupation était reconnue en 2015 quand le Président du Timor-Leste, Taur Matan Ruak, a conféré l’Ordre du Timor-Leste sur le Réseau d’Alerte Timor Oriental du Canada. A la lumière de ces liens, il y a un rôle persistant pour le Canada de promouvoir et faciliter des processus de vérité et de réconciliation dans un pays dans lequel des milliers souffrent encore du traumatisme des années d’occupation.

Recommandations au gouvernement du Canada en ce qui concerne le Timor-Leste

  • Le Canada devrait mettre en œuvre les recommandations du rapport Chega! orientés vers la communauté internationale, lorsque ces recommandations auraient des répercussions pour le Canada. Spécifiquement, le Canada devrait considérer les étapes suivantes:
    1. promouvoir « la diffusion la plus étendue possible à tous les niveaux de la communauté internationale par l’intermédiaire des médias, l’internet et d’autres réseaux et particulièrement dans les Nations Unies » et les pays membres du Commonwealth (recommandation 1.1).
    2. délivrer tout document, y compris ceux retenus selon l’exemption de l’AIPRP, du dossier 20-TIMOR du ministre des Affaires étrangères et tous autres documents gouvernementaux mettant en lumière la période 1974-99 en Timor-Leste (recommandation 1.4). Cette recommandation ne nomme pas le Canada spécifiquement, mais son esprit implique que le Canada devrait délivrer les documents pertinents et un tel déversement encouragerait d’autres pays d’en faire autant.
    3. appeler au Secrétaire Général de l’ONU de référer le rapport au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale, au Comité spécial de la décolonisation et le au Comité des droits de l’homme; et demander que chaque organisme discute le rapport et ces recommandations (1.5).
    4. étant un des gouvernements qui avait des programmes périodiques de coopération militaire avec l’armée indonésienne et avait approvisionné de l’équipement militaire pour l’armée, mettant en œuvre la recommandation 1.6 : « Les états qui avaient des programmes de coopération militaire avec le gouvernement indonésien pendant la période du mandat de la Commission, si cette assistance avait été utilisée directement en Timor-Leste ou non, devrait présenter ses excuses au peuple du Timor-Leste, car ils n’ont pas défendu de façon adéquate les droits et libertés fondamentaux en Timor-Leste pendant l’occupation indonésienne. »
    5. exhorter les entreprises canadiennes qui ont vendu du matériel militaire à l’Indonésie entre 1975 et 1999 de contribuer aux réparations pour les victimes timoraises (recommandation 1.8).
    6. refuser un visa à tous les officiers militaires qui sont nommés dans le rapport Chega! pour des violations ou la responsabilité de commandement de troupes accusées de violations (recommandation 1.9).
  • Le Canada devrait soutenir les efforts de la société civile visant la « socialisation » de Chega! en Timor-Leste. Par exemple, le Canada devrait questionner le gouvernement du Timor-Leste sur le progrès de la mise en œuvre des recommandations. Le Canada pourrait aussi poser cette question à l’examen périodique universel du Timor-Leste prévu pendant la 26e session du Comité des droits de la personne en 2016. En tant qu’un des donateurs ayant financé le rapport, le Canada a intérêt à ce qu’il y ait suivi à son travail.
  • Le Canada devrait soutenir les efforts de la société civile visant la « socialisation » du rapport en Indonésie et devrait questionner le gouvernement indonésien sur son progrès dans la mise en œuvre des recommandations de la commission mixte indonésienne-timoraise pour la vérité et l’amitié.
  • Le Canada devrait soutenir les efforts de la société civile visant la « socialisation » Chega! Internationalement, par exemple, en distribuant le rapport ou des sommaires de ses contenus, ou en lançant des débats aux Nations Unies et d’autres forums internationaux sur le rapport et ses recommandations.
  • Le Canada a un intérêt dans le progrès du Timor-Leste, particulièrement après son adhésion imprévue à l’ASEAN, comme un état démocratique et stable, gouverné de droit avec le respect des droits et la protection de l’environnement. Par conséquent, le Canada devrait prendre en considération le soutien des appels du Timor-Leste pour une frontière maritime négociée avec l’Australie, considérée comme le dernier tronçon inachevé de l’indépendance timoraise. Le Canada devrait considérer une augmentation du financement à la coopération au développement des secteurs clés en Timor-Leste pour promouvoir ces objectifs.

La mémoire, la vérité, et la réconciliation en Indonésie

Le gouvernement actuel du Président Joko Widodo a fait plusieurs engagements afin d’approfondir le processus de démocratisation qui s’est ouvert avec la démission de l’ancien Président Suharto en 1998.  Parmi ces engagements étaient des promesses d’ouvrir le territoire de la Papouasie (occidentale) et un engagement d’être plus transparent dans les discussions sur les massacres de 1965.

Malheureusement, les évènements récents démontrent des signes inquiétants que l’administration n’a peut-être pas la capacité requise pour appliquer ses souhaits sur l’armée indonésienne qui est toujours puissante. Premièrement, les indications de ceux qui vivent et travaillent en Papouasie sont que le territoire reste néanmoins restrictif en termes de qui peut visiter et que les violations systématiques des droits de la personne perpétrés par les forces de sécurité continuent.

Deuxièmement, il y a eu des efforts officiels et non officiels pour prévenir les discussions ouvertes durant les évènements en 1965. Le gouvernement n’a pas encore reconnu les découvertes par la Commission indonésienne des droits de la personne en 2012 que ces évènements constituaient des crimes contre l’humanité; les autorités ont récemment ordonné les étudiants à l’université Satya Wacana à Salatiga de brûler des copies du numéro spécial sur 1965 de la revue étudiante ; et les organisateurs du festival d’Ubud des écrivains et des lecteurs ont déclaré que le gouvernement leur a demandé d’autocensurer toutes les sessions mentionnant qui ont fait état aux massacres de 1965. Des efforts importants de la société civile indonésienne sont en cours de composer se réconcilier avec leur violent passé, tel que les actions du groupe secrétariat mixte à Solo.

Troisièmement, le président est prié de signer une loi qui enverrait l’armée « de retour dans les villages » pour résumer son autorité paragouvernementale qui était cédée pendant les réformes démocratiques à partir de 1998. Le principe du commandement civil des forces de sécurité est remis en cause.

Le Canada a une relation positive et de longue date avec l’Indonésie, le plus grand membre de l’ASEAN et un partenaire de dialogue important. Les relations se datent de l’ouverture de la première ambassade canadienne à Jakarta en 1952 à la signature d’un plan d’action entre l’Indonésie et le Canada en 2014. Le Canada a de l’influence et est respecté en Indonésie pour son soutien du renforcement de la société civile, la démarginalisation politique des femmes et d’autres secteurs. Cette influence peut s’exercer à l’avenir immédiat en fonction des besoins pour faciliter les processus de réconciliation et de témoignage en Indonésie.

Recommandations au gouvernement du Canada en ce qui concerne l’Indonésie

  • Tel que conseillé pour Timor-Leste, le Canada devrait soutenir les efforts des groupes de la société civile de « socialiser » le rapport en Indonésie et devrait questionner le gouvernement Indonésien sur son progrès dans la mise en œuvre des recommandations de la commission mixte indonésienne-timoraise pour la vérité et l’amitié.
  • Par le biais de l’attaché militaire canadien à Jakarta, le Canada devrait encourager les forces armées indonésiennes à accepter la responsabilité des violations des droits de la personne soulignées par la Commission d’accueil, vérité et réconciliation du Timor-Leste et par la commission mixte indonésienne-timoraise pour la vérité et l’amitié.
  • Le Canada devrait encourager la démilitarisation poursuivie de la politique et la société indonésienne, en soutenant les étapes pour réduire l’irresponsabilité de l’armée, son impunité et sa subordination des forces militaires inadéquates et enfin sa corruption. Le gouvernement devrait assurer qu’aucune activité du Programme d’instruction et de coopération militaire du Canada ne soit utilisée pour aider le développement du rôle politique et social des forces armées au niveau national ou local. La coopération militaire à l’avenir doit être conditionnel sur le respect continuel des droits de la personne par les forces de sécurité indonésiennes en Papouasie et ailleurs.
  • Le Canada devrait exprimer ses préoccupations au sujet des tentatives de restreindre les discussions sur les massacres de 1965 en Indonésie; délivrer les documents des dossiers du ministre des Affaires étrangères quant à la période 1965-68, qui constitue les années de la transition de pouvoir du Président Sukarno au Président Suharto et la violence collective subséquente; et encourager d’autres gouvernements de délivrer leurs propres documents archivés sur cette période.
  • Le Canada devrait encourager une commission de vérité sur les évènements de 1965 et encourager une discussion de vérité et de réconciliation sur les abus des droits de la personne du passé, à la fois au Canada et en Indonésie, à une session à venir du Processus de dialogue bilatéral sur les droits de la personne entre le Canada et l’Indonésie. Ce processus devrait davantage s’ouvrir aux groupes de la société civile et devenir plus transparent.
  • Le Canada devrait encourager l’Indonésie de mettre son plan national d’action sur les droits de la personne à jour et donner suite aux engagements faits dans les plans antérieures et au processus de l’examen périodique universel.
  • Le Canada devrait encourager les entreprises canadiennes en Indonésie d’observer les droits de la personne scrupuleusement (en prenant des mesures telles que ceux prônées dans l’ancien projet de loi C-300, une initiative parlementaire soutenu par le député John McKay en 2010, et éviter des partenariats avec les forces armées d’Indonésie).
  • Le Canada devrait continuer de prôner une plus grande liberté religieuse en Indonésie et encourager les chefs des communautés religieuses à contribuer leurs connaissances et engagements pour les processus de vérité et réconciliation en cours et proposées.

La mémoire, la vérité, et la réconciliation en Tanah Papua (les provinces de la Papouasie et Papouasie occidentale)

Le territoire de Papouasie (Tanah Papua, maintenant les provinces indonésiennes de la Papouasie et la Papouasie occidentale) était une colonie néerlandaise jusqu’en 1962, lorsqu’elle était transférée à l’administration des Nations Unies. En 1963, l’ONU a transféré l’administration à l’Indonésie dans l’attente d’un « acte de libre choix » avant le fin de l’année 1969. L’acte, lorsqu’il est paru, était considéré comme frauduleux, même par les officiels de l’ONU. Le processus d’intégration a laissé des cicatrices : les différences entre les autorités indonésiennes et les nationalistes papous sur les moyens d’incorporation sont un débat qui persiste L’affirmation des nationalistes papous que l’autodétermination était refusée est une plainte persistante contribuant au conflit persistant. Une partie de l’affirmation de différence est une déclaration que la Papouasie (occidentale) fait partie du Mélanésie et non l’Asie géographiquement et ethniquement.

L’offre « d’autonomie spéciale » était prévue d’inclure une commission de vérité et de réconciliation, mais cet engagement était dilué et puis abandonné.  L’approche du gouvernement indonésien fondé sur la sécurité et le développement n’a pas pu mettre fin aux aspirations vers l’indépendance. La promesse du Président Widodo d’ouvrir le territoire aux journalistes étrangers et aux ONG n’a pas été complètement respectée. Les expressions des droits de la personne et de plaidoyer environnemental sont trop souvent stigmatisées comme étant « séparatistes » et réprimées. Les papous sont encore tués, emprisonnés et réduits au silence simplement pour l’expression de leur liberté d’action et de pensée.

La Tanah Papua est aussi un des derniers bosquets de forêt ombrophile tropical important. La survie des écosystèmes papous relèvent de l’intérêt planétaire. Les feux de forêt causés par l’expansion sans discernement des plantations d’huile de palme menacent l’environnement mondial.

Les groupes de la société civile papous sont profondément conscients des liens entre les environnements naturels et humains, constamment préoccupés par les liens indissolubles entre les êtres humains et la nature. La sagesse des femmes et les savoirs traditionnels mobilisent de façon soutenue les efforts de la consolidation de la paix au niveau local dans toute la Tanah Papua.

La société civile canadienne a un engagement de longue date avec la société civile de Papou, incluant les liens entre les groupes autochtones. Ceux-ci sont favorisés par des ONG comme « Pacific Peoples’ Partnership » dans son projet « Papouasie : Terre de Paix, » une collaboration avec des partenaires en Papouasie occidentale. Les liens entre le Canada et la Papouasie étaient symbolisées par l’effusion du prix John Humphrey pour la liberté à Ottawa au défenseur papou Yan Christian Warinussy. Dans les secteurs de l’environnement et des droits de la personne, particulièrement, il y a des forts liens existant entre le Canada et la Tanah Papua qui pourraient être mobilisés en soutien des appels de la société civile papou pour une « terre de paix » et de rectifier les faits historiques (pelurusan sejarah). Le Canada peut faire une contribution utile aux appels au dialogue (suivant le dialogue qui a résolu le conflit en Aceh d’une manière pacifique) si ce n’était pas restrictivement défini par une politique de soutien sans réserve pour un seul parti du différend.

Recommandations au gouvernement du Canada en ce qui concerne la Tanah Papua

  • Le Canada devrait réviser la politique du ministère des Affaires mondiales sur la Tanah Papua, dont la dernière révision remonte à 2000.
  • Le Canada devrait soutenir les appels de la société civile papou pour un dialogue sur le statut du territoire avec le gouvernement indonésien, avec la présence d’un tiers parti internationale, comme cela s’est produit pour une résolution fructueuse du conflit en Aceh.
  • Le Canada devrait s’engager en Tanah Papua à travers des connections avec la société civile, incluant prendre en considération de financer des partenariats de développement innovatrice entre les ONG canadiens et papous ainsi que les groupes autochtones.
  • Le Canada devrait exhorter à la démilitarisation de la Tanah Papua, avec des forces de sécurité en place seulement pour la défense des frontières, et non pour les tâches policières internes, et insister sur la démilitarisation dans toute l’Indonésie, tel qu’il est recommandé précédemment.
  • Le Canada devrait encourager des améliorations aux droits de la personne en Tanah Papua, la libération des prisonniers politiques papous et l’ouverture totale du territoire aux ONG, aux agences d’aide humanitaire et aux journalistes internationaux.

La mémoire, la vérité, et la réconciliation dans les Îles Salomon & recommandations associées au gouvernement du Canada

Bien que l’accent de notre atelier était sur l’Asie du Sud-Est, il y a des parallèles importants avec les régions mélanésiennes du Sud-Ouest du Pacifique. Un conflit récent dans les Îles Salomon a terminé avec un accord pour créer une commission de vérité et de réconciliation, composé des membres nationaux ainsi qu’internationaux, qui avait complété son rapport en  2012. Comme en Timor-Leste, il n’y a pas encore eu un débat parlementaire au sujet du rapport. Le rapport de la commission de vérité et de réconciliation des Îles Salomon n’a pas été publié, mais a plutôt été divulgué à travers des sources provenant de l’église. Veillant à la continuité de la paix dans les Îles Salomon, un aspect important pour la paix dans la région, nécessite une discussion publique et  la mise en œuvre du rapport de la commission. Le rapport était un projet joint entre des partenaires nationaux et internationaux; il sera nuisible pour le progrès international des processus de vérité et réconciliation si le rapport n’est pas publié et qu’on n’y donne pas suite.

  • Le Canada devrait questionner le gouvernement des Îles Salomon sur le progrès de la publication du rapport, les débats en parlement à son sujet et sa mise en œuvre.
  • Le Canada devrait considérer de soulever la même question au prochain examen périodique universel des Îles Salomon, originellement prévu pour 2016.
  • Le Canada devrait soutenir les efforts de l’église et des groupes de la société civile dans les Îles Salomon de « socialiser » le rapport de la commission.
  • Le Canada devrait appuyer les collaborations Sud-Sud de commission de vérité, tel que le partage de leçons potentielles entre les Îles Salomon et le Timor-Leste, si cela est désiré par les commissions ou les organismes effectuant le suivi le souhaitent dans ces pays.

Recommandations générales en ce qui concerne la vérité et la réconciliation

Les processus de vérité et de réconciliation sont globaux et sont un élément important des intérêts du Canada dans la paix et les droits de la personne mondiaux. Ces processus sont eux-mêmes une contribution à des sociétés pacifiques et respectueuses des droits. Étant le seul pays développé qui a tenu une commission de vérité, le Canada a un rôle unique à jouer dans les processus de vérité et de réconciliation globaux. Donc, voici les recommandations générales :

  • Le gouvernement du Canada devrait continuer son soutien complet pour les efforts des survivants des pensionnats indiens, des groupes et peuples autochtones, des églises et de la société civile canadienne de « socialiser » le rapport de la commission de vérité et réconciliation du Canada.
  • Le gouvernement du Canada devrait respecter son engagement de mettre en œuvre tous les appels à l’action de la commission canadienne et devrait divulguer ses actions à la communauté internationale.
  • En implémentant l’appel à l’action no. 65 de la commission canadienne pour la création d’un programme national de recherche sur la réconciliation, il convient d’envisager l’inclusion d’un volet global dans lequel des processus et des commissions de vérité dans des pays divers peuvent apprendre et partager les leçons avec les institutions et processus de réconciliation de suivi recommandé par la commission de vérité canadienne. Ceci correspond à la vision de la session d’ouverture de la commission canadienne à Vancouver, où des représentants des commissions d’autres pays étaient invités à participer et de partager leurs propres expériences.
  • Les groupes autochtones et la société civile canadienne devraient considérer d’échanger des leçons et des expériences avec des groupes autochtones et de la société civile des autres pays et régions des processus de vérité et de réconciliation, y compris le Timor-Leste, l’Indonésie, la Tanah Papua et les Îles Salomon.
  • Le gouvernement du Canada devrait créer un plan national de l’action sur les droits de la personne et le soumettre à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies d’ici au prochain examen périodique universel du Canada, répondant du progrès des droits de la personne, des droits des peuples autochtones, de la réconciliation, de la sensibilisation internationale aux droits de la personne de la même façon que le gouvernement du Canada demande aux autres gouvernements de répondre cette responsabilité.
  • Le gouvernement du Canada devrait intégrer les droits de la personne (incluant les droits de la femme et des peuples autochtones) dans tous les aspects de sa politique étrangère.

 

 


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